Einstürzende Neubauten – Silence Is Sexy
mai 12, 2008
Einstürzende Neubauten est un groupe totalement atypique. Officiant dans ses premiers albums dans une veine totalement bruitiste (des cris aigus et des chuchotements habités, rythmés par des bruits d’instruments de chantier), leur musique a ensuite évolué vers des sphères plus accessibles tout en restant très particulière.
Ne connaissant pas du tout la musique du groupe, mis à part quelques pièces, et voulant entrer dans leur univers par la bonne porte j’ai choisi de commencer par ce double-album, réputé comme étant original à l’écoute tout en restant facile à appréhender.
Autant dire que je n’ai pas été déçu du voyage.
Alternant entre méditation presque effrayante et délire bruitiste burlesque, cette oeuvre demande beaucoup de concentration de la part de l’auditeur avant d’être comprise pleinement.
La voix de Blixa Bargeld, très grave et agréablement parlée, couplée à une grosse basse et soutenue par des percussions diverses et de faibles cordes compose la majorité de la musique. Mais cet album n’en est pas pour autant répétitif, loin de là. Outre les nombreux changements d’ambiance, un nouvel objet semble avoir été détourné de son utilisation première pour servir la musique à chaque chanson.
A titre d’exemple, la piste éponyme de l’album comporte de longues plages de silence uniquement brisées par le son d’une cigarette en train de se consumer. L’alternance entre ces passages et la voix de Bargeld récitant “Silence Is Sexy” sur fond de basse ronronnante crée une ambiance tout simplement magnifique.
Sur d’autres pistes, comme “In Circles”, des sons bien plus dérangeants sont utilisés et déstabilisent l’auditeur à coup sûr (en l’occurrence, d’horribles bruits de microphone maltraité en plein milieu de la chanson).
Comme seul bémol, on peut déplorer de légères longueurs mais pour un album aussi long et à vocation bruitiste, elles sont étonnamment peu nombreuses. L’unique piste de 18 minutes du second CD (”Pelikanol”) est à mon goût la seule pièce comportant vraiment trop de passages répétitifs.
Les paroles des chansons alternent entre anglais et allemand (allemand d’ailleurs traduit dans le livret du beau digipack dans lequel l’album est fourni) et sont très poétiques et contemplatives, tout en s’accordant particulièrement bien avec la musique.
Outre ses qualités intrinsèques, cet album permet aussi d’appréhender la musique différemment. En ne se limitant pas aux instruments communs, en rappelant à l’auditeur le monde industriel dans lequel il évolue et en créant des ambiances à la fois méditatives et pourtant tragiquement modernes, cet album réussit à faire réfléchir sur de nombreux points (à ce titre, cette interview est très intéressante).
Pour conclure, Silence Is Sexy constitue réellement une façon accessible d’entrer dans un univers qui, au prix d’un léger effort à consentir, ne peut qu’éveiller la sensibilité musicale de l’auditeur vers des horizons prometteurs.
Extrait choisi : Sabrina